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WIKILEAKS : DE NOUVELLES PISTES SUGGÈRENT QUE LA CIA A ESPIONNÉ ASSANGE POUR OBTENIR SON EXTRADITION VERS LES ÉTATS-UNIS

Temps de lecture :6 min

La Haute Cour espagnole examine les liens entre les services de renseignement américains et une société de sécurité espagnole qui a réalisé des enregistrements secrets du fondateur de WikiLeaks à l’ambassade équatorienne de Londres.

De nouvelles preuves suggèrent que l’ombre de la CIA a plané sur le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, pendant plusieurs mois lors de son long séjour à l’ambassade équatorienne à Londres, grâce à la coopération d’une société de sécurité espagnole qui a réalisé des enregistrements audio et vidéo des conversations de l’activiste australien avec ses avocats et aurait transmis ces documents aux services de renseignement américains. Lundi, un juge londonien s’est prononcé contre l’extradition du cyberactiviste vers les États-Unis, où il est accusé d’espionnage suite à la publication par WikiLeaks de matériel militaire et diplomatique classifié en 2010.

Une enquête lancée par le juge José de la Mata de la Audiencia Nacional, le tribunal supérieur espagnol, et qui sera poursuivie par son remplaçant dans ce tribunal, consiste à suivre les adresses IP – des numéros uniques qui identifient les appareils connectés à Internet – qui se sont connectées aux serveurs d’UC Global S.L, la société espagnole chargée de la sécurité de l’ambassade où Assange s’est réfugié entre juin 2012 et avril 2019. Les serveurs de l’entreprise, où sont stockées toutes ses informations, sont situés dans la ville de Jerez de la Frontera, dans le sud de l’Espagne.

Selon les preuves fournies par un expert en informatique qui travaillait pour cette société et qui est maintenant un témoin protégé, le fournisseur d’accès Internet (FAI) de l’une des adresses IP qui a accédé aux serveurs de la société de sécurité espagnole correspond à celui de la fondation américaine The Shadowserver Foundation. D’après son site web, cette organisation travaille avec les gouvernements nationaux et les services de police, entre autres, pour mettre au jour les vulnérabilités de sécurité et les activités malveillantes en ligne. D’autres adresses IP qui ont accédé aux serveurs espagnols provenaient du Texas, de l’Arizona, de l’Illinois et de la Californie.

Des caméras vidéo ont secrètement enregistré la vie quotidienne d’Assange à l’intérieur de l’ambassade.

L’enquête de la Haute Cour espagnole est actuellement dans l’impasse. Six mois après que le juge De la Mata a demandé la coopération judiciaire des autorités américaines, leur demandant des informations d’identification sur les IP qui ont accédé aux serveurs d’UC Global, le système judiciaire américain n’a toujours pas répondu. Les procureurs américains ont demandé à connaître les sources du juge, et De la Mata a envoyé des informations supplémentaires, mais aucune réponse n’a été reçue.

Entre-temps, le Royaume-Uni n’a pas non plus accédé à la demande de De la Mata de prendre les déclarations des avocats qui ont été espionnés alors qu’ils travaillaient avec Assange. Ces retards entravent l’enquête, selon des sources judiciaires.

Les serveurs de UC Global S.L., une société créée par l’ancien officier militaire David Morales, ont stocké des dizaines d’heures d’enregistrements illégaux, ainsi que des rapports sur le fondateur de WikiLeaks, ses empreintes digitales, des analyses d’écriture et des photographies des passeports et des téléphones portables de chaque visiteur qui est venu voir Assange à l’ambassade, y compris des avocats, des politiciens et des journalistes, comme l’a révélé une enquête d’EL PAÍS en 2019.

David Morales, directeur et propriétaire de UC Global.

Cette preuve d’espionnage contre Assange a abouti à la Haute Cour après que l’équipe juridique de l’activiste ait déposé une plainte contre Morales, qui a été arrêté et fait l’objet d’une enquête pour violation de la vie privée et du privilège client-avocat, ainsi que pour corruption et blanchiment d’argent. De la Mata, qui va être remplacé par le juge Santiago Pedraz, voulait interroger Zohar Lahav, le vice-président de la sécurité de Las Vegas Sands, un casino appartenant à Sheldon Adelson, un des principaux donateurs du Parti républicain et un ami personnel du président américain Donald Trump.

Morales fournissait des services de sécurité pour le yacht de luxe d’Adelson lors de ses voyages en Méditerranée, et l’enquête indique la possibilité que Lahav ait pu être le point de contact de Morales pour offrir ses informations sur Assange à la CIA. Le juge De la Mata a également demandé, sans succès jusqu’à présent, de recueillir les déclarations de l’ancien membre républicain du Congrès Dana Rohrabacher et de l’actrice Pamela Anderson, qui ont tous deux rendu visite à l’activiste à l’ambassade et qui ont tous deux été surveillés. Les courriels échangés entre Morales et ses employés en 2017 ordonnent à ces derniers de placer des caméras avec capacité d’enregistrement audio secrète et des microphones dans les extincteurs de la salle de réunion de l’ambassade et dans les toilettes des femmes. Ces courriels sont remplis de passages suggérant une coopération avec les services de renseignement américains, tels que « un plan pour essayer de vendre aux amis américains », ou « nous jouons dans la cour des grands », « je suis passé du côté obscur », et « ceux qui contrôlent sont des amis des États-Unis ».

Courriels compromettants

Morales, un ancien membre de l’unité d’opérations spéciales de la marine espagnole, a envoyé quelques-uns de ces courriels fin janvier 2017 depuis The Venetian, un hôtel de Las Vegas appartenant au magnat des affaires Adelson. Morales a demandé à ses employés de l’ambassade équatorienne toutes les informations disponibles « sur les systèmes informatiques et les réseaux » de la mission diplomatique, ainsi que les numéros de téléphone de « l’invité », leur nom de code pour Assange.

Le 24 janvier 2017, lors d’une conversation avec un employé qui est maintenant un témoin protégé dans l’affaire, M. Morales a déclaré « Je veux que vous soyez tous vigilants car on m’a dit que nous pourrions être sous surveillance, donc tout ce qui est confidentiel doit être crypté. » Dans une autre conversation, Morales a déclaré : « Je suis impliqué dans quelque chose qui, je l’espère, nous fera être surveillés. Sommes-nous bien protégés contre cela ? » L’employé a énuméré les systèmes de l’entreprise, et Morales a répondu : « Je ne pense pas que ce sera un problème pour ceux qui pourraient vouloir nous examiner […] que pouvons-nous faire si une agence de stars veut nous examiner ? » L’employé a répondu : « Je me suis dit que c’était pour ça. »

Dans un autre courriel envoyé de Miami en juillet 2017, M. Morales a demandé à l’un de ses plus fidèles collaborateurs de lui envoyer le devis des caméras audio qui seraient installées ultérieurement à l’ambassade. « Envoyez-le-moi pour que je puisse le remettre lorsque je rencontrerai [des personnes non spécifiées] », a-t-il écrit, en ajoutant un émoji d’un Donald Trump qui fait un clin d’œil. Dans un autre échange de courriels demandant le manuel d’accès au « site web des profils », il y avait un émoji de Trump avec les mains sur la tête. Morales avait demandé à ses employés de rédiger et de stocker des informations sur chaque personne qui venait visiter Assange, les ressortissants russes et américains étant considérés comme des « cibles prioritaires ». En utilisant l’expression « vendre aux amis dont je vous ai parlé », Morales a mentionné la visite en septembre 2017 de Yanis Varoufakis, l’économiste et homme politique grec. « Ce genre de visites et de contacts pourrait être intéressant. Nous devons indiquer la raison de la visite, et avec qui il était ». Morales a également ordonné à ses employés de placer des autocollants sur les fenêtres de l’ambassade pour permettre l’enregistrement des conversations depuis l’extérieur du bâtiment, selon les témoignages obtenus par ce journal.

Assange avait lui-même installé une lampe à bruit blanc à l’intérieur de la salle de réunion, et il l’allumait chaque fois qu’il rencontrait quelqu’un parce qu’il soupçonnait qu’il était sous surveillance. Une enquête du New York Times a révélé qu’Assange était devenu une cible prioritaire de la CIA sous la direction de Mike Pompeo, alors directeur. Des sources officielles ont déclaré à ce journal que WikiLeaks faisait l’objet d’une enquête visant à déterminer les liens présumés entre M. Assange et les services de renseignements russes.

Source : El País

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Author: Uncover Truth

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